15 août 2009

Dream Theater - Black Clouds & Silver Linings (3-CD Deluxe Edition)

Pochette de l'album de Dream Theater - Black Clouds & Silver Linings (3-CD Deluxe Edition)Progressif
États-Unis


Bien que Dream Theater soit l'un des rares groupes que je suis album après album, on peut dire que je suis un fan mitigé. Il faut reconnaître leur régularité et le rythme effréné qu'il tiennent depuis des années. J'aime que leurs morceaux partent dans une sorte de folie contrôlée et je n'ai jamais suivi les détracteurs qui affirment que "c'est trop technique". Une oreille naïve ne participe pas à ce débat entre musiciens, se contente d'écouter et d'apprécier. Mais il y a certaines choses que j'ai toujours du mal à avaler. Tout d'abord leurs ballades ou semi-ballades mièvres qu'ils nous pondent assez régulièrement, argument destiné justement aux détracteurs pour pallier à l'aspect "trop technique". J'excepte certaines compositions lentes et mélancoliques beaucoup moins discutables (comme "Space-Dye Vest", "Disappear" et "Vacant"). Puis viennent en deuxième position, les morceaux un peu trop tirés par les cheveux, inutilement longs dont on se lasse au bout de quelques écoutes. Un exemple? "In The Name Of God" qui gâche un peu l'excellent Train Of Thought. Troisième chose, la plus importante, et là je vais me faire des ennemis, le chanteur James LaBrie.Oui, il a une voix originale qu'il travaille énormément, je l'accorde à ses plus fervents fans. Mais j'ai toujours trouvé que si il y avait un poste a changer dans le groupe ça serait la voix, sans hésitation. Chose impossible vu la cohésion du groupe autant niveau personnel que musical. Je suis de ceux qui tolèrent cette voix, pas mauvaise en soi, mais qui souvent m'agace.

Pardonnez-moi cette intro un peu longue, mais pour ma première chronique musicale officielle, quelques précisions subjectives s'imposaient. Black Clouds & Silver Linings, dixième album du groupe, a pour particularité d'être agrémenté, dans sa version collector, de deux disques supplémentaires: un comprenant six reprises l'autre, l'album dans son mixage instrumental.
Commençons par le disque de reprises. De très bonnes surprises, comme la suite "Tenement Funster/Flick Of The Wrist/Lily Of The Valley" de Queen (sur Sheer Heart Attack, 1973), peut-être méconnue pour ceux qui se contentent des Greatest Hits, et "To Tame A Land" d'Iron Maiden (Piece Of Mind, 1983), déjà présente sur le Tribute Maiden Heaven (où elle est très bien accompagnée par un "Remember Tomorrow" revisité par Metallica). Deux choix qui sortent des sentiers battus qui justifient l'achat de la version collector. "Stargazer" de Rainbow (Rising, 1976) et "Larks Tongues In Aspic Pt.2" de King Crimson (Larks Tongues In Aspic, 1973), suivent dans mes préférences. Ces quatres reprises ne s'éloignent pas trop des morceaux originaux (que je connaissais) et le son si particulier de Dream Theater suffit à l'auditeur le plus exigeant pour ne pas les trouver sans intérêt. Dixie Dregs est un groupe que je connais trop peu pour pouvoir faire une comparaison pertinente d'"Odyssey" (What If, 1978). Je vais faire l'impasse (quasi-totale) sur "Take Your Fingers Off My Hair" de Zebra (album éponyme de 1983, merci Wikipedia), qui n'est certes pas sans intérêt, mais je suis incapable d'en dire plus que: plaisant mais pas indispensable.
Les versions instrumentales devraient me ravir au plus haut point. C'est une initiative que Dream Theater aurait dû faire à chaque album. Mais elles ne sont qu'une ossature destinée à être complétée par des paroles, les passages des couplets sonnent donc logiquement un peu creux. Ce n'est pas du Liquid Tension Experiment (où Portnoy, Petrucci et Rudess avec Tony Levin se lâchaient complétement) mais du Dream Theater sans paroles. A écouter occasionnellement, pour changer.
Pour continuer dans la même veine que mon introduction, je vais commencer cette dissection de Black Clouds & Silver Linings par ce que je considère, très subjectivement, comme le plus mauvais. "Wither"... bel exemple de ballade mièvre que j'écoute une fois de plus (ou de trop) juste pour cette chronique.J'ai beau être indulgent à chaque nouvelle écoute, il n'y a rien à faire, ça dégouline et c'est vraiment pas mon truc. Un morceau à n'écouter qu'une fois par an. "The Best Of Times" bien qu'écrit avec le coeur, ça me gêne d'en dire du mal en voyant les photos du livret et à qui cette chanson est dédiée, me laisse plutôt insatisfait et rentre dans la catégorie "inutilement long". Le riff proche de "To Live Forever", le break et l'accélération un peu bâclés et cette fin interminable et pompeuse n'en font pas pour moi l'un des meilleurs titres du groupe. "Rite Of Passage" son refrain poussif et son air de déjà entendu ne me convainc pas non plus. Un morceau de plus moyennement plaisant.

Pour tous ceux qui me trouveront trop sévères, ne me condamnez pas, je vais vous faire part de ce qui m'a plu dans ce dixième opus. Il faut voir le bon côté des choses, les trois titres qui restent constituent la majeure partie de l'album du point de vue minutage. "A Nightmare To Remember", bien qu'à la première écoute trop reconnaissable (les mélodies vocales surtout) comme une composition de Dream Theater, avec cette intro sombre (proche du black metal) qui ferait une bonne B.O. de film, est une bonne entrée en matière. Il m'a fallu trois ou quatre écoutes pour l'apprécier pleinement et il est difficile de ne pas trouver maladroit le passage "rappé", un peu téléphoné. C'est quelque chose que Dream Theater a pourtant très bien utilisé sur de précédents albums. "The Shattered Fortress" conclut le cycle personnel de Mike Portnoy (enfin, je pense, je n'ai pas lu d'interview de l'intéressé le confirmant) contre l'alcoolisme (en témoignent les douze sous-parties correspondant au douze palliers du programme standard des Alcoolique Anonymes). Commencé sur 6 Degrees Of Inner Turbulence (2001) avec "The Glass Prison" et s'étirant le long des quatre albums suivants (les fans sauront reconstituer le cycle d'eux-mêmes), cet exorcisme musical, mi-confession mi-défouloir, s'achève sur un montage de passages transformés reconnaissables pour ceux qui suivent la discographie du groupe. Il y a une transition que je trouve maladroite, mais "The Shattered Fortress" a la particularité d'être apprécié dès la première écoute grâce à la familiarité instaurée tout au long des quatre albums précédents. Peut-être que le cycle sera encore plus cohérent si on l'écoute dans son intégralité, ce que de nombreux fans ont déjà peut-être fait. "The Count Of Tuscany" est la cerise sur le gâteau (hum, ces oh-oh-oh de James LaBrie, à la fin, destinés surtout à dire qu'il faudra le suivre en concert sont exaspérants, ils avaient déjà fait le coup avec "In The Name Of God". Est-ce fondamentalement utile sur l'album studio?). Stratégiquement placé en fin d'album et en fin de chronique pour terminer sur une note positive (d'où la précédente parenthèse), "The Count Of Tuscany" et ses 19 minutes est le genre de morceau épique classique pour Dream Theater qui fait l'unanimité. Son intro à la Rush (non?) et son accalmie lyrique, le meilleur passage de l'album à mes yeux, suffisent amplement à faire pencher la balance du bon côté.

Pour conclure, je tiens à préciser que je ne fais qu'exprimer un avis naïf et superficiel, mais c'est totalement assumé. Je ne suis ni musicien, ni critique musical professionnel. J'omets tous commentaires sur les paroles ou la production (entre autres) pour plusieurs raisons qu'il est inutile d'énumérer. Cet article a été rédigé sans prétention et sans influence extérieure, je n'ai absolument rien lu au sujet de l'album auparavant. J'espère que les puristes liront ça avec un peu de recul. Mon sentiment mitigé sur Black Clouds & Silver Linings n'a pas pour but d'influencer en quoi ce soit son achat. Beaucoup de fans l'ont déjà acheté et n'auront que faire de cet article tardif.

Pour compléter voici quelques liens (les premières occurrences de Google, en vérité: à vous d'aller plus loin si ça ne suffit pas) vers d'autres chroniques, très enrichissantes, pour ceux qui ont eu le malheur de tomber sur la mienne en premier :